15 juillet 2013

~~ Alma KARLIN - Le Grand Voyage ~~

 

 

 

 

 

"" On 24 november I said farewell. As a matter of fact I didn't want to do so. After all, it is much easier to give in to the flow habit, but something inside forced me. It was not a desire for adventures, it was a call of an imposed, inescapable duty. From that time on, I always believed in a kind of fate "" (Alma Karlin)

"" Le 24 novembre j'ai dit adieu. En fait, je ne voulais pas le faire. Après tout, il est beaucoup plus facile de se cantonner à ses habitudes, mais quelque chose en moi me contraignait à partir. Ce n'était pas un désir d'aventures, c'était un appel imposé, un devoir incontournable. Depuis ce temps, j'ai toujours cru en une sorte de destin "" (Alma Karlin)

 

 

Alma Maximiliana KARLIN est née le 12 octobre 1889 à Celje près de Ljubljana en Slovénie dans ce qui était alors l'Empire austro-hongrois. Après avoir terminé ses études secondaires à Graz, elle se rend à Londres où elle étudie les langues : anglais, français, latin, italien, norvégien, danois, finnois, russe et espagnol. Plus tard, elle étudiera aussi le persan, le chinois et le japonais.

En 1914 quand commence la première guerre mondiale, Alma KARLIN doit fuir l'Angleterre où elle est considérée comme personna non grata en raison de ses origines familiales (son père était major dans l'armée autrichienne). Elle trouve refuge en Scandinavie où elle rencontre l'écrivain suédois Selma Lagërlof qui, impressionnée par son talent et sa culture, la propose au Prix Nobel.

En 1919, elle retourne dans son village natal Celje, qui fait désormais partie de la toute nouvelle Yougoslavie. Elle se met aussitôt en quête de fonds et crée une école de langues où elle enseigne jusqu'à 10 heures par jour, consacrant son temps libre à la peinture et l'écriture.  

Et le 24 Novembre 1919, âgée de 30 ans, elle s'élance pour son grand voyage de 8 ans à travers le monde : départ de Celje pour Trieste puis Gênes, le Pérou, Panama, San-Francisco, Hawaï, le Japon, la Corée, la Chine, Taïwan, Hong-Kong, les Philippines, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les îles Fidji, la Nouvelle-Calédonie, les îles Salomon, la Nouvelle-Guinée, Java, Sumatra, Singapour, la Thaïlande, Burma, l'Inde, Bab El Mandeb, la Somalie, Suez, Venise, et enfin retour chez elle à Celje à la demande de sa mère mourante en Janvier 1928.

Alma KARLIN, elle-même épuisée par la maladie et dépressive, ne voyagera plus. Elle va consacrer la plupart de son temps à l'écriture. En 1934, elle commence à étudier la théosophie avec le plus vif intérêt. Plus tard, ses convictions la rapprocheront du catholicisme romain.  

Alma KARLIN a écrit une littérature abondante, en allemand jusqu'à l'avènement du régime nazi. Elle abandonnera cette langue au profit de l'anglais en signe de représailles et ses ouvrages furent alors brûlés en Allemagne par le régime.

En 1941, elle est arrêtée avec des milliers de slovènes et elle échappe de peu à l'extradition grâce à l'intervention énergique de son amie de toujours, Thea Gamelin. Alma obtient de vivre chez elle à Celje en résidence surveillée.

En 1944, elle participe à la résistance active slovène avec les Partisans de Ljubljana. Alma Karlin meurt le 14 Janvier 1950 à Pecovnic non loin de Celje son village natal. La plupart de ses écrits non-publiés sont conservés à la Bibliothèque Nationale de Slovénie et à la Bibliothèque d'Etat de Berlin.

 

 

 

 

 

 

 

Trieste, première escale du voyage d'Alma KARLIN

 

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième escale : Gênes

 

 

 

 

 

 

 

 

Troisième escale : le Pérou

 

 

 

 

 

 

 

 

 Quatrième escale : Panama

 

 

 

 

 

 

 

 

Cinquième escale : San Francisco

 

 

 

 

 

 

 

 Sixième escale : Hawaï

 

 

 

 

 

 

 

 

Septième escale : le Japon

 

 

 

 

 

 

 

 

Huitième escale : la Corée

 

 

 

 

 

 

 

 

Neuvième escale : La Chine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dixième escale : Formose (Taïwan) 

 

 

 

 

 

 

 

Onzième escale : Canton

 

 

 

 

 

 

 

 

Douzième escale : les îles Philippines

 

 

 

 

 

 

 

 

 Treizième escale : l'Australie

 

 

 

 

 

 

 

 

Quatorzième escale : la Nouvelle-Zélande

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quinzième escale : les îles Fidji

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Seizième escale : Nouvelle-Calédonie

 

 

 

 

 

 

 

 

Dix-septième escale : les Nouvelles-Hébrides

 

 

 

 

 

 

 

 

Dix-huitième escale : les Îles Salomon 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dix-neuvième escale : la Nouvelle-Guinée

 

 

 

 

 

 

 

Vingtième escale : l' Indonésie

 

 

 

 

 

 

 

 

Vingt-et-unième escale : Singapour

 

 

 

 

 

 

 

 

 Vingt-deuxième escale : la Thaïlande

 

 

 

 

 

 

 

 

Vingt-troisième escale : Burma

 

 

 

 

 

 

 

 

 Vingt-quatrième escale : l' Inde

 

 

 

 

 

 

 

 Vingt-cinquième escale : la Somalie

 

 

 

 

 

 

 

Vingt-sixième escale : Suez

 

 

 

 

 

 

 

 

 Vingt-septième escale : Venise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En Janvier 1928, après 8 années de pérégrinations autour du monde, Alma KARLIN retrouve CELJE son village natal près de Ljubljana. La grande boucle est bouclée.

 

 

 

"" I am a female human being. If I was to denote myself as a "woman", people would have been tempted to think  that I was burdened with a spouse, but I am a lone traveller, much like a hermit crab, and people could along with the above ascribe to me certain female charms, wich I do not possess. I am average in height and figure, and nothing in my appearance can be described as eye-catching. The same can also be applied to my character. However, since human beings are prone to see themselves in the best light possible, and "knowing oneself" is one of the most difficult forms of being, I imagine that I know how to write. A person should have at least one illusion! And this illusion has led to my journey around the world "" (Alma Karlin)

"" Je suis un être humain de sexe féminin. Si je devais me décrire comme «femme», les gens seraient tentés de penser que je suis accablé d' un conjoint, mais je suis un voyageur solitaire, un peu comme un bernard-l'ermite, et les gens peuvent avec cette définition de ma personne m'attribuer à loisir certains charmes féminins, que je ne possède pas. Je suis de taille et d'apparence moyennes, et rien dans mon aspect peut être décrit comme accrocheur. Il en est de même pour mon personnage. Cependant, puisque les êtres humains ont tendance à se voir sous leur meilleur jour, et puisque la «connaissance de soi» est un exercice des plus difficiles, j'imagine que je sais écrire. Une personne doit avoir au moins une illusion! Et cette illusion a guidé mon voyage autour du monde "" (Alma Karlin)

Diaporama musical de cette page sur Vimeo : Alma KARLIN : Le Grand Voyage

Alma Karlin en musique, pour les Youtubistes aussi :

 

Demain, nous quitterons la belle Ljubljana, en remerciant le hasard de nous avoir offert cette rencontre avec une voyageuse attachante et immense, dans la lignée des Stevenson, Loti, Rimbaud,  London,  Kessel, Kerouac et de mon idole plus contemporaine, Nicolas Bouvier. Demain nous quitterons donc la Slovénie pour la Vénétie toute proche et la belle VERONE. 

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22 avril 2013

~~ PARCELLES VENITIENNES ~~

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd'hui nous quittons Venise la merveilleuse. Nous emportons dans nos bagages des parcelles de son charme et de sa beauté. Cueillir une fleur, un reflet, un sourire, un instant, une larme, emporter avec soi le souvenir d'une escale incomparable... Demain, nous franchirons la quatrième frontière de notre voyage. Nous serons à PIRAN en Slovénie.

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21 avril 2013

~~ UN GEANT A VENISE ~~

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D comme DIVINA, D comme démesure. A Venise, d'immenses paquebots déversent sur la ville des visiteurs en grand nombre. Le charme, le calme, l'authenticité du séjour peuvent en souffrir. Mais au-delà des nuisances du tourisme de masse, il faut s'interroger sur les dégradations engendrées par le passage de ces géants au coeur de la ville. Certes, leur déplacement se fait à petite vitesse, ils font moins de vagues que le chassé-croisé incessant des vaporettos. Mais avec un tirant d'eau de 8,5 mètres sur une longueur de 333 mètres, le volume d'eau déplacé est considérable et les pressions exercées sur les berges, les quais, les rives de Venise pourraient à la longue précipiter son naufrage.

 

 

DIVINA / Chantiers de l' Atlantique à Saint-Nazaire / Lancement le 26 Mai 2012 / Longueur : 333,3 mètres / Largeur : 38 mètres / Tirant d'eau : 8,5 mètres / Tirant d'air : 59 mètres / Ponts : 18 dont 13 ponts passagers / Vitesse : 23,7 noeuds / Tonnage : 139400 tonneaux / 1739 cabines / 4345 passagers / 1388 membres d'équipage / Armateur : MSC Croisières / Pavillon panaméen / Coût : 575 000 000 d'euros / Marraine : Sophia Loren

 

 

 

 

 

D'autres géants d'acier viendront déverser par milliers leurs baisers voyageurs sur Venise... Restons vigilants : trop de tourisme tue souvent le charme... et le tourisme. Grâce au ciel, nous le verrons plus tard au cours de notre voyage, il existe d'autres lieux, d'autres ports où les grand paquebots ne peuvent accoster, des ilôts où la magie demeure encore... Demain, nous quitterons VENISE, emportant avec nous des parcelles de la ville la plus romantique du monde...

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20 avril 2013

~~ Venise : Isola SAN MICHELE ~~

 

 

 

L' Île SAN MICHELE est toute proche de Venise : on découvre ici sa façade orangée sur la rive sud, depuis le Canale Fondamenta Mendicanti, le Canal de la Fondation des Mendiants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est en 1804 que Napoléon, alors maître de la ville de Venise, décida, pour des raisons d'hygiène liées à la lagune, de délaisser les deux petits cimetières paroissiaux intra-muros pour l'île San Michele toute proche. Il fallut combler un petit canal entre San Michele et San Cristoforo l'île jumelle. Le projet confié à l'architecte Gian Antonio Selva, créateur du célèbre opéra-théâtre de Fenice, fut achevé en 1836. Depuis, les bienheureux défunts de la belle cité vénitienne effectuent leur dernier voyage vers l'île San Michele en gondole ou en canot-corbillard motorisé. Demain nous irons à la rencontre de la démesure : aujourd'hui, d'immenses paquebots viennent déverser un tourisme de masse sur la ville, au risque de précipiter son naufrage...

 

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19 avril 2013

~~ Venise : MURANO ~~

 

 

 

 ""Murano découpe sur le ciel bleu ses clochers et ses toitures. C'est une île célèbre et qui mérite que nous la visitions... C'est ici, en effet, que les nobles Vénitiens de l'autre siècle avaient leurs petites maisons. Les murailles, aujourd'hui fendillées et décrépites, ont bien souvent retenti des éclats d'un rire joyeux et du bruit des verres. Derrière leur ombre discrète, elles ont abrité plus d'un couple amoureux et protégé bien des rendez-vous aimables. Aujourd'hui c'est à Murano que s'est transportée la Venise industrielle. C'est là qu'on fabrique ces verreries et ces verroteries si justement célèbres, ces filigranes de verre qui semblent tissés par les doigts d'une fée. C'est une des industries d'art les plus anciennes qui soient demeurées en Europe aux mains d'une population sans jamais cesser d'être exploitées "" (Henry Havard - Amsterdam et Venise - 1876)

 

 

 

 

""Murano et Torcello pointaient leurs clochers comme des tours émergeant d'un désertDes oiseaux tournoyaient et des fumées s'enfuyaient vers le Sud. Encore de longues bandes roussâtres, l'eau lourde et, seuls animateurs de ces espaces, des pieux, pour indiquer des passes, des pieux aux têtes noircies, qui réunis en faisceaux semblaient des serpents se mordant sur la mer""  (Jacques Adelswärd-Fersen - Notre-Dame des Mers Mortes - 1902)

 

 

  

 

 ""Un peu plus loin, à une demi-heure en gondole de la Piazzetta, est la célèbre Murano, où naquit la peinture vénitienne, et où l'industrie du verre avait pris autrefois de si beaux développements""  (Jules Gourdault - Venise et la Vénétie - 1886)

 

 

 

 

""Murano. Tous les étrangers y visitent les verreries, et les poètes commémorent les délices de ses jardins, fameux dans toute l'Europe avant que la République eût fait la conquête de Padoue et que les grands seigneurs peuplassent la Brenta"" (Maurice Barrès - La Mort de Venise - 1916)

 

 

 

 

 

 ""C'est à Murano que se trouvent les anciennes fabriques de verroterie auxquelles Venise dut jadis une partie de sa renommée industrielle, et qui entretiennent encore maintenant un grand commerce, surtout avec le Levant. Ces manufactures ont conservé le secret de leurs moyens de fabrication, et font à très bas prix une foule de petits objets charmants, tels que des perles, des bracelets, des colliers, qui servent de parure aux femmes du peuple : la misère peut ainsi se permettre l'éclat et le luxe apparent de la richesse"" (Jules-Léonard Belin - Le Simplon - 1843)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

""Cette île est aussi traversée d'un canal plus grand que les autres canaux de la même île, et les fameuses Verreries dont vous avez tant ouï parler, sont sur ce canal... Autrefois, le verre qu'on appelle cristal de Venise, était le plus beau de l'Europe"" (Maximilien Misson - Voyage d' Italie - 1720)

 

 

 

    

 

""Ce qui rend Murano recommandable, ce sont les verreries. On y fait aussi des glaces mais elles doivent à présent céder aux nôtres, soit pour la grandeur, soit pour la netteté et la façon dont elles rendent les objets. L'on faisait il n'y a pas encore longtemps, publiquement dans les verreries des jouets ou hochets pour les religieuses ou jeunes filles. A présent, on le leur a défendu sous peine d'excommunication. Ce qui ne les a pas empêché d'en faire un devant moi et de m'en fournir une douzaine pour le service de mes amies. Murano sert encore de guinguette l'été et dans le canal qui le traverse le jour de l'Ascension, toute la ville y vient faire le cours. On le tient tout l'été depuis le pont de Rialto jusqu'au port"" (Comte de Caylus - Voyage d'Italie - 1714-1715)

 

 

 

 

 

 

 

 

""Ils modèlent, pour moi, un petit flacon aux couleurs de l'Italie, qui pousse dans la flamme comme une fleur féerique ; ils tournent au moyen de pinces la pâte embrasée ; leurs visages bruns se meuvent sur la fournaise, où se forment, au gré de leur souffle, mille tubes déliés. Le feu des forges et celui des verreries doit griser comme un vin chaud, car tous les forgerons et tous les verriers chantent avec furie en battant le fer ou en tordant le verre. Les ouvriers de Murano entonnent devant moi un vieux refrain de barcarolle, qu'ils changent en menace prophétique contre les Tedeschi, il s'agit d'un esturgeon qu'on harponne dans la lagune, où il a osé se montrer. La fabrique des glaces est située à Murano de l'autre côté du canal, où est la fabrique des perles ; on ne fait plus à Venise que des miroirs français. L'usine est dirigée par un Parisien, qui met l'industrie moderne bien au-dessus de l'ancienne, et se garderait de produire, ou plutôt de reproduire, ces glaces d'art et ces lustres splendides de Venise, si recherchés des connaisseurs. Je visite les deux vieilles églises de Murano, celle de San Pietro Martyre et celle degli Angeli..."" (Louise Colet - L'italie des Italiens - 1862)

 

 

 

""Les gentilshommes émérites de Murano nous firent souffler dans leurs tubes pour nous initier aux procédés de leur industrie.  C'était à qui mieux mieux parmi nous. Mais il nous fut dit ensuite qu'il était d'usage de remplir de vin les vases qu'on avait fabriqués. Nos vases étaient des outres : il fallut s'exécuter de bonne grâce"" (Flandin - Voyages - 1838)

 

 

 

 ""Murano est bien déchu de son antique splendeur; ce n'est plus, comme autrefois, la magicienne des fausses perles, des glaces et des verroteries. La chimie a éventé ses secrets ; elle n'a plus le privilège de ces beaux miroirs à biseaux, de ces grands verres au pied de filigrane, de ces buires rubanées de spirales laiteuses, de ces boules de cristal qui semblent une larme de la mer figée sur les délicates végétations océaniques ; de ces rassades qui bruissaient sur le pagne des noires Africaines. La Bohême fait aussi beau, Choisy-le-Roi fait mieux. L'art, à Murano, est resté stationnaire dans le progrès universel. Nous visitâmes une de ses verreries, où l'on fabriquait de petites perles de couleur. De longs fils creux, de nuances différentes, les uns transparents, les autres opaques, sont hachés par petits fragments, puis roulés dans des boîtes, jusqu'à ce que le frottement les ait arrondis ; on les polit, puis on enfile ces perles avec du crin et on les réunit en écheveaux. On souffla pour nous une bouteille tramée d'un ruban de filigrane blanc et rose. Rien n'est plus simple et plus expéditif que le procédé. L'ouvrier verrier était un grand et beau garçon, à cheveux noirs et frisés, dont la mine vermeille ne s'accordait guère avec les préjugés que l'on avait autrefois sur cette profession réputée mortelle, et que les gentilshommes pauvres pouvaient à cause de cela exercer sans déroger. Il prit un peu de verre en fusion au bout de son tube, y amalgama le filet de couleur qu'il voulait tourner en même temps, et d'une seule haleine souffla sa pièce, qui s'enflait frêle et légère comme une bulle de savon. Il nous fit de même un verre qu'il nous abandonna pour quelques zwantzigs. Murano renferme une autre curiosité qu'on nous fit voir avec un certain orgueil, un cheval, animal plus chimérique à Venise que la licorne, le griffon, les coquecigrues, les boucs volants et les cauchemars. Richard III y crierait en vain : “Mon royaume pour un cheval.” Cela nous fit un certain plaisir de voir cet honnête quadrupède, dont nous commencions à oublier l'existence. La rencontre de ce cheval nous donna une espèce de nostalgie de terre ferme, et nous revînmes à Venise tout rêveur "" (Théophile Gautier - Italia - 1855)

 

  

 

""Il se fait un grand commerce en Europe de certaines perles de verre qui se font à Murano et se façonnent à Venise, qui s'envoient en Italie et dans le reste même de l'Europe, pour les Sauvages et Nègres. Car, pour les verres à filagrammes, ouvragés et colorés, que j'ai vus à Murano, ce sont des gardes-boutiques et la foire de Sinigaglia qui achètent beaucoup de ces verres ; ce qui fit que les magasins que j'en ai vus étaient presque vides"" (Montesquieu -Voyages - 1728-1729)

 

 

 

""J'ai été aujourd'hui à Murano, qui est une petite ville séparée d'environ un mille de Venise, où l'on fait toutes les glaces et toutes les verreries qui se font dans ce pays-ci. J'y ai vu travailler aux glaces ; les ouvriers qui les font sont plus adroits et plus habiles que ceux que nous avons vus en France. Je n'ai pourtant pas vu faire de plus grandes glaces ; mais ce que j'y ai pu remarquer m'a fait comprendre aisément de quelle sorte il se faut prendre à cette nature de travail"" (Colbert - L'Italie en 1871)

 

 

 

""La ville, de près de 4 000 habitants, posséda du XIII ème au XVIII ème siècles des franchises et des droits particuliers dus à la noble industrie du verre, qui est encore sa spécialité. Les citoyens de Murano pouvaient aspirer aux plus hautes charges de la République. Les maîtres verriers étaient de droit gentilshommes et les enfants nés de l'union d'un patricien de Venise et de la fille d'un verrier héritaient de la dignité de leur père. Nous passons dans des salles où des ouvriers, tranquillement assis devant des tables spacieuses, semblent occupés à ce jeu d'assemblage en bois découpé si prisé des enfants. Mais ici le bois découpé est remplacé par des tas de petits cubes de verre de toutes les couleurs. Chaque ouvrier a devant lui un papier sur lequel est reproduit un fragment du modèle à exécuter. Il cherche dans ses gammes de tons, comme pour une tapisserie, le petit cube qui convient, le colle à sa place sur le papier et, passant d'une nuance à l'autre, finit par couvrir ce papier qui, joint à ceux des autres ouvriers, forment une surface plus ou moins vaste que l'on applique avec des enduits spéciaux sur une façade, autour d'une colonne ou dans une coupole à décorer. Le panneau étant sec, il ne reste plus qu'à décoller le papier primitif et la mosaïque apparaît inaltérable, avec ses fonds d'or et toutes ses nuances. De là nous allons voir les fours éblouissants où des ouvriers, véritables artistes, vont puiser au bout d'un tube métallique la boule de verre en fusion qu'ils transforment devant nous en feuilles d'acanthe, en hippogriffes pailletés d'or ou autres animaux de haute fantaisie. L'inévitable petit chien de verre, exécuté en une minute, nous est offert, provoquant le pourboire et annonçant la fin de la visite. On a hâte, d'ailleurs, de quitter cet antre embrasé pour aller respirer au dehors, sur le petit bateau qui nous ramène, l'air vivifiant du large. Ce métier de souffleur et mouleur de verre est si pénible qu'il faut compter sur l'atavisme pour le recrutement des ouvriers. Seuls, les verriers de père en fils peuvent supporter le travail devant les fours, et encore faut-il qu'ils viennent dès l'enfance s'habituer tous les jours à cette température jusqu'à l'âge où ils seront aptes à devenir eux-mêmes ouvriers"" (Eugène Faugière - Italie - Notes et Croquis - 1905)

 

 

Demain, nous ferons une pause tout près de Murano, à Isola San Michele, avant de regagner Venise...

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17 avril 2013

~~ VENISE ~~

 

 

 

 

 

 

 

 

En quittant Stresa, avant de gagner Venise, cap au Nord pour faire le tour du Lac Majeur dans le sens des aiguilles d'une montre. Nous avons franchi notre deuxième frontière (F2) pour entrer en Suisse puis une troisième pour en ressortir (F3).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Venise, chaque quai, chaque mur, chaque façade vous ramène à l'eau des canaux et de la lagune. Venise elle-même est un navire, une naufragée se jouant pathétiquement des tempêtes et des récifs. Venise, condamnée mais invincible, c'est comme une histoire d'amour toujours recommencée... Venise, c'est le plus beau visage de l'agonie... Demain, le vaporetto nous conduira dans les artères et les veines de cette mourante pleine de vie... 

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